Suite à la demande de l’Association Culturelle Pierre Abélard (ACPA) et après l’avis favorable de la Commission Interrégionale de la Recherche Archéologique (CIRA), un relevé topographique en courbes de niveau du site et une étude du bâti du donjon du Pallet (44) ont été réalisés. L’agglomération se situe à environ 15 km au sud-est de Nantes (44). La commune compte environ 2400 habitants sur une superficie totale de 1175 ha. Elle culmine entre 50 m et 2 m NGF. Le Pallet est parfois appelé « Patrie d’Abélard ». Pierre Abélard, né au Pallet en 1079, futur philosophe et théologien, précise dans ses mémoires, « histoire de mes malheurs » : « Quant à moi, je suis originaire d’une place forte construite à l’entrée de la Bretagne, à huit milles, je crois, à l’est de Nantes. Son nom précis est Palais. …il est vrai que je dois...à ma terre natale...un caractère vif,...capable d’aller vers les disciplines littéraires avec beaucoup de facilité. ». Cet important témoignage nous renseigne sur l’existence d’une place forte au Pallet dès cette époque.
Le donjon (ou tour maîtresse) est installé sur le versant sud du promontoire appelé « butte d’Abeillard » ou « butte du mont Pallet » dominant au nord en abrupt de quelques 27 mètres la rivière Sanguèze, affluent de la Sèvre. On peut également admirer, à proximité du donjon, la chapelle romane de Sainte-Anne qui a bénéficié d’une restauration en 1957/58. Au sommet de la butte se trouve un important calvaire restauré en 1989 composé d’un socle en béton surmonté d’une croix en bois. Le cimetière actuel se situe légèrement en contrebas à l’est de la chapelle.
Le donjon du Pallet fait partie des tours maîtresses quadrangulaires largement répandues aux XI e et XII e s. en France et en Angleterre. La grande taille (longueur hors-œuvre de 20 m et longueur dans-œuvre de 12,60 m) et la forte épaisseur des murs (3,70 m) font de ce donjon un des plus importantes de l’Ouest de la France (emprise au sol d’environ 400 m 2). La construction présente un plan carré quasiment parfait d’environ 20 m de côté. Il ne reste aujourd’hui que les fondations et les parties basses des murs sur une hauteur conservée comprise entre 2,60 m (face externe du mur sud) et 6,20 m (face externe du mur ouest). Les maçonneries en place appartiennent aux parties basses et aux soubassements de l’édifice, les étages supérieurs ont totalement disparus. Une brèche a été pratiquée dans l’épaisseur du mur est, postérieurement à la construction primitive, afin d’accéder à l’intérieur ménagé actuellement en espace vert. Les murs sont lisses, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas flanqués de contreforts. Ils sont construits avec un blocage de pierres de schiste pris dans un bain de mortier très dur de couleur beige composé de chaux et de sable. Les parements sont réalisés en pierres de schiste ébauchées de modules différents (de 0,10 m à 0,35 m de haut et de 0,15 m à 0,55 m de long). Les observations confirment d’autre part que les quatre murs ont été construits simultanément et progressivement par « bandes » de trois à cinq assises. Les pierres ont été certainement extraites sur place et probablement sur le versant nord du promontoire. La proximité de la carrière permet d’abréger le transport de la pierre et ainsi de réduire fortement les prix. Même si la nécessité économique est probablement la raison principale, le système naturel de défense du promontoire s’en trouve également renforcé en accentuant la pente lors de l’extraction des matériaux. En revanche, les pierres de taille de granit des chaînages des angles extérieurs ont été acheminées depuis des carrières plus éloignées.
Le soin apporté à la régularité dans la répartition des trous de boulin et à la construction des maçonneries (chaînage d’angle en granit et parement soigné) correspond certainement à une qualité technique de haut niveau du chantier et à une construction de prestige. CONCLUSION A l’origine, la tour maîtresse pouvait atteindre une hauteur comprise entre 20 m et 30 m. La partition intérieure en trois volumes est la disposition classique la plus souvent constatée dans les donjons. Grâce à la forte épaisseur des murs, des éléments de confort (latrines, cheminée, éviers) et des petites salles (garde-robe) pouvaient être aménagés dans l’épaisseur des murs des niveaux supérieurs :
La datation par le radiocarbone ( 14C) montre que le donjon du Pallet a été édifié entre la fin du X e s. et le début du XI e s. Le bâtiment perdurera jusqu’au début du XV e s. En effet, un texte indique qu’après la libération du duc Jean V mis en détention par Marguerite de Clisson , celui-ci fit détruire tous les châteaux de ses ennemis dont celui du Pallet en l’an 1420. L’étude du bâti a permis également de démontrer une occupation antérieure. En effet, le donjon a été édifié à cheval sur un fossé encerclant probablement une motte féodale.
Mastrolorenzo 2006 : MASTROLORENZO (J). – Le Pallet, le donjon (44-117-001), avril 2006, rapport d’étude de bâti, archives SRA et MH, Pays de la Loire, Nantes, 73 p., 24 figures, 24 clichés, photographies redressées à l’échelle des parements au 100 e avec une résolution à 250 pixels/cm.
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JOSEPH MASTROLORENZO - Archéologue en architecture -
17 La Reuille
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