Etude des vestiges de l'aula, Doué la Fontaine (Maine et Loire) .

A la demande du Service Régional de l’Archéologie, une étude du bâti a été réalisée sur les vestiges
hors-sol de l’aula de Doué la Fontaine. Le bâtiment se situe au sud de l’agglomération,
dans le quartier dit de la Chapelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est par un pur hasard qu’en 1966, la municipalité de Doué, ayant l’intention de construire un atelier à l’emplacement de l’ancienne motte castrale, découvre, dés le commencement des travaux, les murs d’un bâtiment enfoui. Par la suite, une fouille archéologique a été effectuée par M. de Boüard (archéologue)
entre 1967 et 1971 afin de mettre au jour le bâtiment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le contexte historique indique d’importantes transformations architecturales.
Vers la fin du VIII e s. et au IX e s, les rois carolingiens, puis les rois d’Aquitaine possédaient une résidence que les textes nomment villa ou palatium. Une des quatre demeures préférées du prince Louis, roi d’Aquitaine, était sans aucun doute celle de Theotwadum Palatium. Devenu empereur, il dut la céder en 834 ou 835 à son fils Pépin, roi d’Aquitaine à son tour. La dernière mention indiquant une présence royale au palatium de Doué se rapporte à la fin de l’année 835. Vers la seconde moitié du X e s., le comte de Blois résidant au donjon de pierre de Doué l'emmotta. En 1025, Foulque Nerra reprit le donjon de Doué. Vers la moitié du XIe s., un arasement partiel de cette tour et un comblement de sa souche, ensuite enfouie dans la motte, furent effectués. C’est à partir d’environ 1100 qu’on appelle Vetus Doadum le site où s’élevaient le palais des rois d’Aquitaine et l’aula des Robertiens, comtes d’Anjou.

 

 

 

 

 

 

 

L’étude du bâti a permis de mieux connaître l’évolution architecturale de ce bâtiment qui a connu quatre grandes phases de construction, plus une cinquième correspondantàla mise en protection des vestiges
en 1968-70.

 

 

 

 

 

 

 

 

Phase 1 : cliquez ici pour voir l'axonométrie phase 1

A l’origine (vers le dernier quart du IX e s.), le bâtiment d’une longueur de 23,80 m et d’une largeur de
16,60 m présentait une salle rectangulaire unique de 20,20 m de longueur sur 13,15 m de large (265,60 m 2). D’une épaisseur qui varie entre 1,70 m et 1,76 m, les murs sont conservés sur une hauteur de 5,10 m et présentent un arasement horizontal pour ceux situés à l' est et à l'ouest. Ils sont construits en pierres de calcaire coquillier (falun miocène) liées par un mortier dur de couleur jaune-orangée et séparées par des joints gras d’une épaisseur de 2 à 5 cm. La hauteur des assises varie entre 0,17 m et 0,40 m. On remarque, sur les parements, deux modules différents : des pierres plates d’une épaisseur d’environ 0,12 m pour une hauteur qui varie entre 0,20 m et 0,40 m et des moellons de forme rectangulaire, grossièrement équarris, d’une longueur d’environ 0,25 m et d’une hauteur de 0,15 m. Les pierres plates sont souvent disposées obliquement. On remarque ce style de construction dite « en arête de poisson » (opus spicatum) sur une à deux assises séparées par d’autres construites à plat. Les chaînes d’angle sont construites avec des pierres de taille de moyen appareil en calcaire coquillier. On les observe sur une grande longueur (3,40 m). Ces importantes chaînes d’angle indiquent peut-être que les murs sont fondés sur une faible profondeur.

 

Une porte est aménagée dans le mur ouest.
D’une hauteur de 3,25 m pour une largeur de 1,50 m, elle ne
comporte pas d’ébrasement et est surmontée d’un arc en plein cintre
dont les claveaux sont soigneusement disposés. Les piédroits sont
construits en moyen appareil de pierres de taille placées en carreau
et boutisse. Deux trous rectangulaires sont pratiqués dans les tableaux.
D’une largeur de 0,22 m et une hauteur de 0,46 m,
ils s’enfoncent dans l’épaisseur du mur sur une longueur de 1,55 m à 2,75 m.
Cet aménagement devait accueillir de grosses poutres coulissantes
permettant de barricader fortement la porte.

 

Une autre porte, plus petite, est installée dans le mur sud.
D’une hauteur de 2,22 m pour une largeur de 0,95 m, elle est construite pour l’arc en plein-cintre de claveaux et pour les piédroits, de pierres de taille placées en carreau et boutisse.

Un puits circulaire est construit à l’angle sud-ouest à environ 5,00 m du mur ouest. Le mur circulaire d’une épaisseur de 0,80 m laisse apparaître une ouverture de 1,00 m de diamètre.

 

Phase 2 : cliquez ici pour voir l'axonométrie phase 2

Vers le milieu du X e s., un mur de refend est aménagé sur toute la largeur du bâtiment. Il est conservé sur une hauteur qui varie entre 1,10 m et 2,04 m (fig. 8). D’une épaisseur de 1,15 m, il est construit en appareil de calcaire coquillier (falun miocène) posé par endroit en arête de poisson. Il sépare le bâtiment en deux volumes inégaux : au nord du mur de refend, une pièce d’une surface d’environ 180 m 2 ( 13,65 m x 13,15 m) et au sud, une pièce plus petite d’environ 69 m 2 ( 13,06 m x 5,30 m). Ce mur n’est pas chaîné avec les murs est et ouest, il est simplement plaqué contre eux. Il est donc venu postérieurement à la construction primitive. Une porte y est ménagée pour accéder à la petite pièce sud.

Dans cette petite salle, une cheminée est incorporée dans le mur de refend. Les piédroits sont construits en pierres de taille recouverts d’un enduit. Ceux-ci sont fortement rubéfiés. L’âtre s’enfonce jusqu’à 0,34 m dans l’épaisseur du mur. D’une largeur de 1,92 m, le contre-cœur dessine au sol une légère courbe. Il est construit de la base jusqu’à une hauteur de 0,72 m en briques d’une longueur de 0,18 m à 0,26 m sur une épaisseur de 0,06 m posées à plat et séparées par des joints d’une épaisseur d’environ 0,02 m à 0,04 m; de 0,73 m à 1,35 m, il est formé de tuiles disposées en arête de poisson, d’une longueur d’environ 0,18 m et d’une épaisseur d’environ 0,04 m. Il est probable que certaines de ces tuiles sont en remploi. En effet, elles comportent pour certaines encore un rebord ; de 1,35 m à 1,85 m, le contre-cœur est fait de petites pierres rectangulaires ( 0,12 m x 0,10 m) soigneusement équarries. A partir d’environ 1,35 m au-dessus de sa base, le contre-cœur amorce une courbe qui le ramène vers le sud. Cela implique sûrement que le conduit de fumée ne se développait pas verticalement dans l’épaisseur du mur de refend mais par un conduit extérieur en bois.

On distingue, sur le parement extérieur du mur sud du bâtiment, deux bandes verticales qui commencent à environ 0,70 m du sol actuel pour atteindre presque l’arasement actuel. Ces bandes présentent en parement une construction utilisant de petites pierres rectangulaires ( 0,14 m x 0,10 m) régulièrement équarries, différentes de celles utilisées dans la construction primitive. On est probablement en présence d’un « reparement » après la destruction du petit bâtiment rectangulaire ancrés dans le mur sud. La trace du mur est de cette annexe montre que celui-ci venait s’appuyer contre le piédroit de la porte sud, cela indique que cette extension fut construite postérieurement à la construction primitive. L’absence de fouilles et la disparition totale des maçonneries ne nous permettent pas ici d’affirmer une fonction précise de cet agrandissement qui devait être soit un cellier, soit une cuisine.

Le ravitaillement en eau se faisait toujours à l’aide du puits construit lors de la première phase.

Vers la 2 ème moitié du X e s., le bâtiment est sinistré par un fort incendie. On peut en effet remarquer que le mortier des murs est fortement rubéfié sur environ 3 à 5 cm d’épaisseur. Rappelons que M. de Boüard indique que « le professeur Thellier au Laboratoire du Géomagnétisme ne laisse subsister aucun doute à cet égard ».

 

Phase 3  : cliquez ici pour voir l'axonométrie phase 3

Vers le milieu du X e s., on surélève le bâtiment et on y pratique , à environ 5,00 m au dessus du sol actuel, trois portes hautes respectivement dans les murs sud, ouest et est. La porte haute ouest, large de 1,80 m, devait être l’accès principal (les deux autres sont plus étroites: 0,90 m). Les accès transférés à un niveau supérieur indiquent que cette maison devient forteresse. Dés ces remaniements, l’annexe est détruite. En effet, La construction des bandes verticales est liée avec celle de la porte haute du mur sud. Les portes basses primitives ont été retrouvées obturées lors de la fouille de M. de Boüard. Leur condamnation a du être réalisée lors de cette phase de construction. Le plancher du niveau supérieur était soutenu par des poteaux. Des trous de poteaux avaient déjà été découverts, dans la grande pièce au nord du mur de refend. Aucun poteau porteur n’a été trouvé dans la pièce au sud. Toutefois, on observe dans le parement intérieur du mur sud, des ancrages de poutre supportant certainement le plancher.

Les parements intérieurs de la petite pièce sud du rez-de-chaussée étaient recouverts d’un enduit badigeonné (d’un badigeon ?) de couleur blanche. Cet enduit n’a subi aucune rubéfaction, indiquant qu’il est postérieur à l’incendie. L ’enduit du parement sud du mur de refend, montrait, selon M. de Boüard de nombreux graffiti déposés après étude. D’autres sont encore en place, sur la face interne du mur sud.
Ils représentent des animaux, des scènes de chasse et des motifs géométriques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lors de cette phase, on avait donc un bâtiment comportant un rez-de-chaussée aveugle d’une hauteur sous plafond d’environ 5,00 m, surmonté d’un étage noble couvrant toute la surface du bâtiment, accessible par trois portes hautes. Le rez-de-chaussée devait servir de cellier.

Le ravitaillement en eau se faisait probablement toujours par le puits construit lors de la première phase.

 

Phase 4  :

Cette phase est matérialisée par l’obturation des portes hautes. Elles sont bouchées avec des moellons, régulièrement équarris.

Vers le début du XI e s., après l’obturation des portes hautes, on emmotta le bâtiment. M. de Boüard rapporte que « son sommet se trouvait à 11,00 m ou 12,00 m au-dessus du sol d’alentour ». L’étage inférieur est comblé par un remblai constitué par les mêmes matériaux que ceux de la motte. Quant à l’étage supérieur, devenu aveugle, il fut probablement converti en magasin (cellier). Le ravitaillement en eau fut encore assuré par le puits probablement surélevé. Il suffisait simplement de prolonger sa cheminée
jusqu’au sommet du tertre.

Enfin, vers le milieu du XI e s., Foulque Nerra reprit le donjon de Doué. Dans la 2 ème moitié du XI e s., un arasement partiel de cette tour et un comblement de sa souche, enfouie dans la motte, furent effectués.

 

Phase 5 (pour conclure) :

 Vers la fin des années 60, un « désemmottement » du bâtiment et la fouille de M. de Boüard ont précédés
la consolidation du bâtiment. Puis une dalle de béton, posée sur toute la surface supérieure des arases
des murs, a permis leur protection . Par la suite, une couverture en tôle a été mise en place à l’intérieur,
au-dessus du mur de refend.

 

Résumé chronologique :

  • phase 1 (vers le dernier quart du IX e s.) : construction d’un bâtiment quadrangulaire ;
  • phase 2  (vers le milieu du X e s.) : division de l’espace intérieur en deux volumes inégaux et construction d’une annexe au sud ;
  • phase 2 bis (vers la 2 ème moitié du X e s.) : fort incendie ;
  • phase 3 (vers la fin du X e s.) : La maison devient une forteresse, surélévation du bâtiment avec un rez-de-chaussée devenu aveugle et un étage noble ;
  • phase 4 (vers le début du XI e s.) : « emmottement » du bâtiment ;
  • phase 5  (XX e s.) : protection des vestiges après la fouille de M. de Boüard.

 

REFERENCES :

Mastrolorenzo 2002 : MASTROLORENZO (J). - L’aula de Doué-la-Fontaine (49), rapport d’étude de bâti, archives SRA et MH, Pays de la Loire, Nantes, 2002, 29 p., 20 pl., 28 clichés, photographies redressées à l’échelle des parements au 100 e avec une résolution à 250 pixels/cm.

 

 

 

JOSEPH MASTROLORENZO - Archéologue en architecture -
17 La Reuille
33710 Bayon sur Gironde
Tél. : 06 81 63 61 13
Email : mastrolorenzo@wanadoo.fr

Agrément en qualité d'opérateur d'archéologie préventive
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